la structuration de l’information dans la presse écrite Algérienne

INTRODUCTION

 

Ce travail  a pour objectif de mettre au jour les manières avec lesquelles les journaux algériens structurent et organisent l’information de manière à ce qu’elle  accomplisse des fonctions qui répondent des impératifs purement techniques se rapportant essentiellement à la nature de la communication médiatique moderne, c’est à dire, offrir au lecteur une quantité importante d’informations très qui parvient quotidiennement aux rédactions des différents journaux et agences de presse et de la présenter au lecteur de manière à ce que celui-ci parvienne à avoir une quantité assez exhaustive d’informations en un laps de temps relativement court, et de façon à ce qu’elle parvienne à remplir des fonctions persuasives de nature à influencer le lecteur et le pousser à adopter les mêmes idées et opinions que celles du journal, dans le pire des cas, le contraindre à douter de ses idées et opinions précédentes, elle a pour rôle aussi d’accomplir une autre fonction, celle d’apparaître comme un instrument essentiel d’organisation d’un espace public désigné par J.Habermas comme un espace symbolique intermédiaire entre la société civile et l’Etat. Accessible à tous les citoyens et aux divers groupes d’intérêt, cet espace permet la formation, à travers des échanges argumentatifs, d’une opinion qui vient contrebalancer le pouvoir de l’Etat.

Cette fonction spécifique de la manière dont un journal structure ses textes ou articles, paraît évidente dans la presse écrite algérienne, à cause de la nature des journaux qui sont en majorité des journaux d’opinion, ceci d’une part, et d’autre part à cause du fait que derrière chaque journal algérien se dissimule une force de nature politique, idéologique, financière ou militaire.

nous avons travaillé sur des journaux d’opinions d’expression arabophone tel ERRAI(l’opinion) et EL KHABAR (la nouvelle), et francophone tels Le Matin, Le soir d’algerie et le quotidien d’oran.

Nous nous sommes inspiré pour réaliser ce travail de quelques travaux de Jean Michel Adam, de Gilles Lugrin, et de Thierry Hermann, qui ont effectué un travail remarquable dans ce sens, en appliquant les différents concepts  opératoires de l’analyse du discours et de la forme de la presse à la presse scientifique, comme ce fut le cas de l’article de Jean Michel Adam et Thierry Hermann, dont nous nous sommes inspirés, publié dans les carnets du cediscor, n°6, et intitulé: L’hyperstructure : un mode privilégié de présentation des évènements scientifiques ?, et le travail de  T.Hermann, G.Lugrin, intitulé : Formes et fonctions des rubriques dans les quotidiens romands: Approche théorique et recherches quantitatives, ainsi que les différents travaux de G.Lugrin qui traitent de la question de la structuration de l’information dans l’hyperstructure d’une manière exhaustive, dans plusieurs de ses travaux publiés dans la revue Médiatiques de l’observatoire du récit médiatique (ORM) de l’université catholique du Louvain-La- neuve en Belgique.

Ce travail vise à démontrer la finalité pragmatique et argumentative  qui sous-tend la façon avec laquelle sont structurés les articles et l’iconographie dans la presse algérienne, à commencer par le rubriquage, et passant par l’organisation des éléments constituant la double page.

La rubrique et ses fonctions

Qu’appelle t-on structuration dans la presse ?

Chaque rédaction d’un journal est appelée à donner une forme bien définie à son journal. cette forme donnera sa personnalité à ce journal et sera sa vitrine. Les formats et le rubriquage reflètent, entre autres, l’identité même du journal. La rubrique, selon J.Hermann et G.Lugrin, «sert à priori à classer les informations pour en faciliter l’accès.»(1999 :7).Seulement, cette fonction n’est que ce qui est apparent pour le commun des lecteurs .En réalité, le rubriquage a plusieurs fonctions centrales, il permet de classer les informations selon une hiérarchie  bien déterminée, qui répond à une certaine vision du monde des concepteurs. Il permet aussi d’instaurer une stabilité relative de la structure du journal, une sorte de colonne vertébrale, qui, en imposant des choix de la part de la rédaction, constitue l’un des éléments forts de l’identité du journal.

D’ailleurs Yves de la haye  note à ce propos- en prenant l’exemple des journaux quotidiens régionaux, et de ce qu’il appelle «  les contraintes de rubriques » , auxquelles font face les journaux, que «  la rubrique locale dans les quotidiens régionaux, la rubrique judiciaire, la rubrique sociale , pour prendre trois exemples bien différents , sont autant de sous-ensembles informatifs réglementés par une histoire, une sociologie et un public qui ne recouvrent pas entièrement  l’histoire , la sociologie et les publics de journaux en général. L’observation des journaux par le biais des rubriques permet, de surcroît, de déceler les conflits de territoires, les conduites de territoires, les conduites de suzeraineté et les complexes de vassalité » (1985 :26). Toujours selon Yves De la Haye, la fonction principale de la rubrique répond à une nécessité  qui est de faire sortir, le journal de son isolement typographique et littéraire et le faire apparaître pour qu’il soit compris comme l’élément d’un rapport social, dans lequel il joue un rôle spécifique, tantôt accessoire, tantôt essentiel.

Le rubriquage offre au journal une certaine stabilité, étant donné que l’information, vecteur du journal, demeure un phénomène en continuel changement, ce qui fait que la durée de vie du journal ne dépasse pas les 24 heures, ceci en plus du fait que l’information est un phénomène  sans cesse renouvelé, qui a besoin d’un cadre permettant au lecteur de la recevoir quotidiennement d’une façon organisée; là, apparaît l’aspect pédagogique du rubriquage, un aspect allant dans le sens de la fidélisation du lecteur au journal, pendant des mois et des années.

nous arrivons enfin à déterminer avec T. Hermann et G. Lugrin les quatre fonctions de la rubrique, et cela, sans remettre en question les fonctions traditionnelles. Quelques unes ont été citées plus haut.

Les quatre fonctions sont ainsi déterminées :

–          Assurer une certaine stabilité pour le journal,

–          Classer l’information,

–          Hiérarchiser l’information,

–          Constituer un des moyens pour établir une identité propre.

Pour illustrer la première fonction, nous prendrons l’exemple du quotidien algérien  d’expression  française, et de format tabloïd  « le quotidien d’Oran ».

On remarque que la première page est organisée de la façon suivante :

le nom, en blanc, sur un fond noir, d’une longueur  de 30 cm, accompagné d’une signature « Edition nationale d’information »  située au dessous du titre. Celui-ci a pour but, vraisemblablement,  d’accrocher le lecteur sur un sujet  jugé primordial, comme: «  le Canada commence à expulser les algériens » ou «  L’U.G.T.A[1]. appellera pour un salaire minimum de 12000DA ». 

Tantôt à droite du titre , tantôt à gauche, on voit un petit encadré sur un évènement du jour qu’il soit social ou sportif ; au dessous du nom, on trouve le titre du jour, ou l’événement principal du jour accompagné d’une photo, ceci en grand format .

Au dessous, on y trouve un titre dans une case qui ne dépasse pas 11 cm, au dessous de celui la, on trouve un éditorial, une rubrique appelée «  Etats des lieux », d’un format ne dépassant pas 8 cm de largeur,  à l’intérieur du journal, les pages 2,3,4, et 5 parfois même 7, sont généralement consacrées à la rubrique « EVENEMENT «  la page 6 est consacrée à une page publicitaire, tantôt au DEBAT,

La septième page est consacrée à l’international, à l’intérieur de cette page on trouve un coin consacré aux événements d’une grande importance sous le titre «  on en reparlera demain». 

Ce qui caractérisé ce journal, c’est le débat lancé chaque jeudi dans les pages du milieu et qui occupe plusieurs pages sur un évènement important de la semaine ou du mois, animé par une pléthore de journalistes de renommée tels : Abed Charef, Abdou.B  Ahmed cheniki, El Kadi Ihsane …

Les pages « événement », sont consacrées exclusivement à la politique, au social à l’économie et aux problèmes sécuritaires en Algérie.

On peut dire la même chose pour le quotidien le soir d’Algérie qui consacre les 2ème, 3ème et 4ème pages aux événements nationaux. Nous dirons que les événements nationaux, et à un degré moindre, internationaux, occupent dans les quotidiens algériens d’information une place privilégiée, qu’ils soient d’expressions arabophone ou francophone. Ce que l’on remarque aussi, dans beaucoup de ces quotidiens des deux langues, c’est l’introduction de pages à l’intérieur que nous appellerons les pages à intrigues, composées de brèves, parfois relevant de la rumeur, allant jusqu’au ridicule ou à l’exagération, cette page est appelée «  radar de liberté », dans le quotidien  liberté, et periscoop[2] «dans le quotidien  le soir d’Algérie   qui occupe la cinquième page du journal ou «Souk-El-Kalam »  ou le marché de la parole du quotidien arabophone el khabar(La nouvelle ), allusion faite à ce qui se passe dans les discussions dans les marchés , ou le quotidien arabophone ERRAI (l’opinion) « El-Tahtaha », (littéralement une cour ou une place publique où se retrouvent les jeunes pour jouer et les vieux pour discuter). Nous avons cité ces exemples pour  montrer que le rubriquage dans la presse algérienne est un phénomène stable, répondant à des exigences d’opinion, de sécurité, et aussi  d’organisation et de structuration de l’information.

Prenons l’exemple de la dernière rubrique  citée plus haut. A supposer que des informations relevant de cette rubrique  soient publiées dans une autre relevant de l’information vérifiée et « sérieuse », dans le contexte actuel d’un pays comme l’Algérie, le journal et le journaliste peuvent subir les conséquences d’une mauvaise interprétation et de ce qu’il peut en découler du point de vue de la justice. d’ailleurs, nous avons remarqué que plusieurs d’entre elles qui sont publiées quotidiennement dans le periscoop du soir d’algerie, sont accompagnées le lendemain d’une mise au point d’une personne, ou d’un organisme se sentant lésé par le journal, ces mises au point sont inclues dans une rubrique intitulée Boomerang.

On notera que le lecteur algérien peut facilement s’orienter dans la lecture du journal à travers les manières avec lesquelles sont structurées les informations.

Il y a des lecteurs qui s’orientent en premier vers les pages sportives, d’autres se contentent d’un billet ou d’une caricature , comme fut le cas du quotidien francophone le matin. Célèbre, jadis, par les billets de feu Said MEKBEL[3], de SAS (Sid Ahmed SEMIANE) et du célèbre caricaturiste Ali DILEM[4].

Enfin nous dirons à l’instar de  Martin-Lagardette – cité par T.Hermann et G.Lugrin- qu’un journal structuré aide le lecteur à se repérer rapidement et facilite son cheminement à travers la masse  des informations.(1999 : 22)

Pour ce qui est de la fonction de classification de l’information, nous avons souligné auparavant que la façon d’organiser les rubriques, relève d’une vision spécifique du monde. Ainsi donc, la répartition des rubriques et des sous-rubriques répond à une représentation bien déterminée de la société et du monde dans toutes ses dimensions.

Nous pouvons distinguer facilement des différences dans la façon de traiter des évènements ayant un rapport avec des sujets aussi sensibles que la religion, la femme, la question linguistique en Algérie, par plusieurs journaux arabophones et des journaux francophones, partageant les mêmes visions du monde.

Les médias en général , et la presse écrite en particulier ,jouent un rôle très important en mettant  en relief la catégorisation culturelle, idéologique et politique de la société et du public. Elle fait en sorte à ce que le lecteur s’identifie à travers la façon avec laquelle la structuration des rubriques est faite.

D’ailleurs, concernant les informations politiques, culturelles et sociales, P. Charaudeau est allé dans le même sens en affirmant, que «  les sections et les rubriques sont censées correspondre en même temps aux grandes catégories dépassées de l’opinion publique.»(1997 :160)

C’est à travers cette organisation que s’organise « l’espace public », en discutant des différentes questions qui préoccupent la société. Il n’y a meilleur exemple illustrant cette question que l’introduction, dans les journaux d’opinion, d’une rubrique de débat à chaque fois qu’une question importante est soulevée, ou qu’un événement est survenu. Dans le quotidien le MATIN, une page entière est réservée aux lecteurs du quotidien, à chaque fois que survenait un événement national majeur. Seulement, en lisant «  les opinions » on remarque la concordance de celles-ci avec celles du journal.

Un autre phénomène que nous avons personnellement remarqué dans un certain nombre d’articles rédigés à chaque fois que survient un événement concernant essentiellement le journal, ou un événement national, c’est l’usage du journaliste  d’une phrase qui s’est répétée  à chaque fois, et qui consiste à dire « beaucoup de nos lecteurs nous ont appelés (téléphoner) pour nous dire telle ou telle chose ».Ceci reflète, à juste titre, la mise en valeur de l’espace public.

Pour ce qui caractérise ce dernier en rapport avec l’organisation du journal, charaudeau poursuit d’ailleurs que : « ce rubriquage témoigne de la manière dont chaque organe d’information construit son espace public. Parfois très rationalisé et visible – comme dans les journaux dits d’opinion, cette rationalité étant considérée dans le milieu professionnel comme la marque d’un organe d’information s’adressant  à un public éclairé et cultivé- ce rubriquage est  parfois mélangé et peu visible- comme dans les journaux dits populaires…comme dans les quotidiens régionaux qui donnent une préférence aux nouvelles locales.»

Pour ce qui est de la hiérarchisation de l’information, comme troisième fonction du rubriquage, notons que dans la majorité des journaux algériens, qu’ils soient nationaux et/ou régionaux, la rubrique évènement ou de politique nationale occupe une place de choix dans le traitement des informations qui arrivent à la rédaction. Ainsi, comme le note P.Charaudeau  « le propos comme composante du contrat de l’information s’inscrit dans un processus d’évènementialisation au terme duquel apparaît ce qui est « nouvelle ». Il découpe le monde en un certain nombre d’univers de discours( qui deviendront autant de rubriques) et traite ceux-ci selon des critères d’actualité, de socialité et d’imprévisibilité, leur assurant ainsi une certaine publicisation et un possible effet de captation. Des lors, on comprend que l’espace public se confonde avec l’évènement médiatique, lui même tel qu’il apparaît dans sa configuration discursive .»(idem :115)

Ceci  nous amène à se poser la question suivante : cette hiérarchisation de l’information répond t-elle à une  quelconque logique?

Il est bien connu que les informations ne parviennent pas d’une manière logique et hiérarchisée, elles sont le produit d’une succession d’évènements qui surviennent de façon aléatoire et inattendue. Pour cette raison, on peut supposer que le rubriquage ne répond pas à une quelconque logique. A ce propos J.F Têtu et M.Mouillaud avancent que l’organisation des rubriques « peut être amputée de l’un ou de l’autre de ses items, et il ne s’agit pas d’une classification logique dans la mesure ou les rubriques ne sont pas des classes découpées dans une dimension homogène. Linéairement, le journal se présente comme une simple addition de titres-rubriques, qui peut être parcourue par un lecteur dans n’importe quel ordre.»(1989 : 117)

Cependant, cette affirmation est nuancée dans les propos de T.Hermann et G.Lugrin qui déclarent que « certains types de regroupement comme la géographie (international, national et régional) relèvent d’une certaine homogénéité. D’autre part, l’ordre établi par les journaux entre les différents types de regroupement n’est certainement pas dû au hasard.»(1999 :  9)

A propos de la dernière fonction, en l’occurrence celle qui consiste à faire du rubriquage un des moyens pour établir une identité propre, il revient à dire, à l’instar de lugrin et hermann, que la stabilité, le classement et la hiérarchisation  se regroupent pour donner au journal son identité. Cette affirmation est vérifiée par le fait que chaque journal se différencie des autres par ses caractères, sa façon de placer les couleurs, le choix et la manière d’user de l’iconographie et des photos, le nombre de pages – sur ce dernier point, a propos de la presse algérienne, à cause de la logique du marché, tous les quotidiens nationaux ou régionaux sont de format tabloïd et comprennent 24 pages.

En conclusion, nous dirons que l’envahissement des esprits par les multimédias, comme moyens d’information, a fait que la lecture du journal est devenue un acte de consommation à la « fast food », ainsi, le lecteur se met à zapper entre les rubriques et ne prend que quelques minutes pour avaler le contenu de son journal, ce qui pousse les concepteurs de journaux à considérer ce phénomène, afin de permettre au locuteur une lecture rapide et parcellaire.

Apparemment, ceux-ci ont réussi à mettre en œuvre des techniques de rubriquage répondant au besoin du lecteur de s’informer exhaustivement- et des rédacteurs de journaux de lui présenter ce flux incessant d’informations de façon à ce qu’il le consomme dans un temps relativement court. C’est ce qui rentre dans ce que les spécialistes appellent : les ensembles rédactionnels.

La structuration selon le mode de l’hyperstructure

Avant de définir le terme de l’hyperstructure,  nous procéderons à donner quelques définitions nécessaires afin de situer ce concept dans son cadre adéquat.

Le concept de l’hyperstructure, selon T.Hermann et Lugrin, est l’un des deux éléments formant ce qui est appelé : Ensembles rédactionnels ou(ER), ceci est défini par G.lugrin par l’établissement d’un niveau intermédiaire de structuration des textes journalistiques, situé entre le journal et l’article.(op.cit :24)

Les (ER)  sont le multitexte et l’hyperstructure.

Il est utile de savoir que ces concepts répondent à un souci majeur, qui est celui d’organiser l’information de plusieurs façons, ce qui permettra un accès facile à celle ci.

Cependant avant d’aborder la définition de l’hyperstructure, il nous a paru nécessaire de préciser auparavant quelques concepts, tels : le paratexte et le péritexte du journal. Ce sont des notions empruntées à G.Genette dans le champ de la critique littéraire, et reprises par F.Frandsen, dans son livre news discourse, l’auteur les a affinés dans le cadre de leur application au domaine des études journalistiques.

Le paratexte journalistique est défini comme « l’ensemble des éléments liés à l’article et pouvant garder, influencer, voire stimuler la lecture de celui-ci. »(2001 :1)

L’épitexte regroupe les éléments extérieurs à l’article, pouvant être influents, voire indispensables à la réception de celui-ci. Ainsi le péritexte journalistique regroupe les unités rédactionnelles et non rédactionnelles qui précèdent, entourent, ou s’intègrent au corps de l’article. Ces éléments peuvent être subdivisés en deux catégories : le péritexte du journal et le péritexte de l’article.

On trouve au sein du péritexte du journal le nom du journal, les indications de rubrique ou des genres, le sommaire, l’ours…celui de l’article regroupe la titraille, le chapeau, le lead, les intertitres, les illustrations et légendes, les notes et renvois, les signatures et sources, les lettrines et vignettes…ainsi l’article se présente comme une somme du corps de l’article et de son péritexte.

Arrivé à ce niveau, on peut aborder aisément la définition de l’hyperstructure comme étant un niveau intermédiaire facultatif de structuration. Ceci dit « l’ensemble rédactionnel (hyperstructure et multitexte) est un élément intermédiaire et facultatif de structuration de l’information, situé entre le journal ( c’est à dire les cahiers et les rubriques qui la constituent) élément supérieur de structuration de l’information, et l’article (constitué de son texte et son péritexte), élément inférieur de structuration. Le journal combine ainsi trois niveaux de structuration de l’information :Le journal et son texte (niveau supérieur), Ensembles rédactionnels ( Intermédiaire et facultatif), Corps de l’article et son péritexte (niveau inférieur)

De là se pose la question de la différence entre les constituants des(ER), en l’occurrence l’hyperstructure et le multitexte.

Pour établir cette distinction, il devient nécessaire de préciser que les frontières de l’hyperstructure ne  peuvent dépasser le cadre de ce que J.Peytard appelle une aire scripturale. Il « distingue, avec précision entre les codes oral et scriptural; que l’on prenne en compte dans l’analyse du scriptural, le support même de «  l’acte de scripturation », c’est à dire, que l’on soit attentif à ce que la graphie, c’est toujours l’occupation d’un espace  et l’usage d’un matériau graphèmique; que l’on admette que passer à la scripturation, en comparaison à l’ordre oral(qui privilégie la simultanéité) c’est nécessairement sur nombre de points, régir une « successivité »…Toutefois le scriptural ne méconnaît pas les procédures de simultanéité ; il peut donner à voir et à lire, sur une même surface, dans le même temps, des informations disséminées.»(1975 : 39)

Ainsi donc, on se dissémine un certain nombre d’informations traitant d’une même thématique. Ceci nous conduit à dire que l’espace de l’hyperstructure ne peut en aucun cas dépasser la double page (ou l’aire scripturale) ; contrairement au multitexte ( ou dossier ) qui peut lui dépasser cette surface. Dans cet ordre d’idées, G.Lugrin définit le multitexte comme étant « un élément de structuration de l’information, intermédiaire et facultatif, situé entre le journal et l’article. Il est formé d’un ensemble  d’articles et d’images graphiquement regroupes et thématiquement complémentaires, s’étalant sur un espace homogène, dépassant la double page. Ce regroupement est l’aboutissement d’un processus d’empilement de l’information, développée à la mesure de l’importance accordée à un événement ou à un sujet .»(2000 :3)

Les journaux algériens utilisent ce mode d’organisation des articles, essentiellement les journaux d’opinion. Dans son numéro du 14/11/2002, le journal LE MATIN consacra sa double page (2-3) aux récentes attaques terroristes contre les villes. En surtitrant : « Hattab attaque au cœur des villes »,  les articles sont organises de la façon suivante :

–          2 articles intitules : « attentat terroriste à Bouira ville: deux policiers assassinés», et : « Ksar el Boukhari : deux morts dans l’attaque d’un café ».

ces deux articles  traitent de la thématique indiquée au surtitre.

–          un troisième article traite d’une question ayant un rapport indirect avec les deux articles précédents, et intitulé : « l’armée sécurise Ain Kercha ».

–          Y figure aussi deux articles traitant de Ben Laden et de son organisation « EL QAIDA ».

–          Le premier est intitulé : « dans un enregistrement diffusé par El Djazira : Ben Laden revendique les derniers  attentats ».

–          L’autre : « selon un rapport établi par la CIA, l’émir Belmokhtar prépare des attentats pour   EL QAIDA .

–          Enfin, « l’éditorial » signé par le journaliste Y.Rezzoug, intitulé « Bouteflika attise le feu », est consacré à la critique de la politique « bouteflekienne » de la concorde civile.

–          On y trouve aussi 2 photos : celle de Ben Laden, et celle du centre-ville de Bouira, le lieu l’attentat ; ajouter à cela une caricature traitant de la politique de deux poids deux mesures du pouvoir envers les détenus du mouvement citoyen et du mouvement islamiste.

Nous avons avancé précédemment que l’organisation des articles dans un journal répond, entre autres, à un souci discursif et communicatif. Nous avons noté plus haut que la structuration des articles dans un journal a pour but de classer l’information, de la hiérarchiser et de constituer un des moyens pour établir une identité propre. On peut percevoir ces fonctions dans l’exemple du journal Le Matin. Nous pouvons affirmer, d’ores et déjà, que la manière dont ce journal structure sa double page, révèle sa position politique, idéologique et argumentative concernant le terrorisme et la façon pour le pouvoir algérien, incarné par Bouteflika, de traiter ce problème.

Dans le cas de ce journal, on peut parler de mise en scène ou de scènarisation de l’information – selon les termes de J.Mouriquand- ce qui dévoile un processus d’argumentation développé par le journal depuis sa création, concernant l’islamisme politique, le terrorisme islamiste, qu’il soit local ou international, le mouvement citoyen  la politique du pouvoir algérien concernant tous ces phénomènes et d’autres encore.

On peut établir le raisonnement adopté par le Matin, dans l’hyperstructure que nous avons citée plus haut, en tentant d’établir des liens entre: les attaques des villes par Hassan Hattab et Ben Laden, et le thème de l’éditorial ainsi que celui de la caricature.

Apres les attentats du 11septembre 2001 sur les Etats Unis d’Amérique, le monde entier, à leur tête les américains, ont compris le caractère international du terrorisme. Ben Laden est désigné comme étant l’instigateur de ces attentats, et le financier de nombreux mouvements islamistes armés à travers la planète, parmi eux figure celui de Hassan Hattab, qui s’attaque, à son tour, aux villes algériennes. Pour ce qui est de Bouteflika, il est accusé, selon l’éditorial, de prolonger la vie du terrorisme dans le pays, à cause à sa politique de concorde civile, qui va jusqu’à tenter de libérer Ali Belhadj, leader du parti islamiste algérien dissous, le Front Islamique du Salut (FIS), qui porte une lourde responsabilité dans la tragédie que vit l’Algérie pendant plus d’une décennie.

Ceci rejoint le thème de la caricature qui montre deux gardiens de prison, debout en face des cellules de Ali Belhadj et de Belaid Abrika[6], l’un des deux gardiens dit à l’autre : « je crois qu’il n’y a plus de concorde civile », l’autre rétorque : « ouais ! ce n’est plus les barbus qu’on relâche ».Cela en sachant que le barbu qui d’habitude en Algérie désignait les islamistes, dans cette caricature il désigne le leader du mouvement citoyen, qui porte une barbe Tandis que le leader du mouvement islamiste est, lui-même, imberbe. Ceci revient à dire que le président A.Bouteflika met en prison les citoyens qui n’ont aucun rapport avec ceux qui sont à l’origine du désastre, et fait sortir de prison ceux à qui incombe cette responsabilité.

Cet argumentaire, truffé de non-dits et d’allusions, Le Matin a bien pu le faire apparaître dans l’hyperstructure. Tous les moyens étaient bons (genres d’articles photos, caricatures) pour convaincre le lecteur du bien fondé de ses thèses concernant sa vision du monde. Cette technique est devenue depuis peu, quasi quotidienne dans ce journal.

Dans la presse algérienne, on trouve aussi d’autres genres d’articles qui rentrent dans la composition de l’hyperstructure. En plus des articles proprement dits, des éditoriaux, des photos et des caricatures*, il y a les interviews et les commentaires, comme c’est le cas du journal Le Soir D’Algérie, paru le 20novembre2002, ou l’on a traité du problème de la réception satellitaire numérique en Algérie, après qu’il soit devenu difficile, voire impossible, de recevoir les programmes satellitaires du TPS (télévision par satellite) avec des cartes piratées vendues en Algérie.

Ce que nous avons remarqué dans cette page, contrairement à celles du journal Le matin, c’est l’absence du surtitre, qui apparaît seulement en première page comme seul et unique titre , au dessous duquel sont illustrées les images des chaînes fournies par TPS. On peut donc le considérer comme surtitre, malgré sa non apparition dans la double page. Dans celle-ci, on distingue deux articles, l’un traite du coût économique de cette réception, l’autre est une mise en garde contre ce que le journaliste Maamar Ferrah appelle « les charlatans » qui promettent mondes et merveilles avec des systèmes de décryptages caduques. Vient par la suite une interview d’un expert sous couvert de l’anonymat, et une autre, cette fois-ci, d’un expert  nommé qui a, lui, préféré décliner son identité (il se prénomme Samir ait aoudia qui a pour fonction : propriétaire de la société Mozaic Network du groupe Canal+, et diffuseur de Canal Horizons Algérie.

Vient par la suite une chronique du célèbre Hakim Laalam[7]. En lisant cette double page, dans laquelle les genres d’opinion supplantent celui de l’information, on devine aisément le message que Le Soir D’Algérie a voulu transmettre au lecteur, qui est celui du danger qui guette le téléspectateur algérien, accroc des programmes de réception satellitaire, après son divorce quasi-définitif avec  l’unique  télévision algérienne. Ceci est perceptible dans le propos de H.Laalam : « …et surtout comment tenir deux longues heures encore, le temps du flashage, le temps du supplice ENTV*. »

On peut affirmer, en exposant ces deux exemples, que la fonction de l’hyperstructure dans le journal algérien, en plus du fait qu’elle soit augmentation du nombre d’entrées possibles, de production des liens privilégies entre les différents constituants, de circulation du sens à l’intérieur des ensembles rédactionnels, et enfin la mise en spectacle de l’information (ou ce qu’appelle J.Mouriquand l’aboutissant du processus de scènarisation), elle constitue le meilleur support pour véhiculer des non dits et effectuer une ou des argumentations, qui ont pour but de convaincre le lecteur du bien fondé de ses opinions et de ses idéologies.

 

Conclusion

En conclusion, nous dirons que la réception de l’information, en prenant en compte le destinataire dans le processus de communication, représente la fonction principale d’une structuration des articles du journal. Il est évidemment  connu que le développement des médias et des autres moyens de communication a fait multiplier par le chiffre n le nombre d’informations reçues à chaque instant par tout un chacun, ceci a donné naissance à un besoin, celui de donner au lecteur un maximum de ces informations dans une surface limitée du journal que le lecteur consommera en un laps de temps très réduit – le lecteur actuel du journal passe au maximum une dizaine de minutes avec son journal, et cela durant toute une journée-  d’ou l’idée de l’ hyperstructure.

Un autre point mérite d’être relevé, celui de la concurrence subie des médias traditionnels, par les nouveaux moyens d’information et de communication, en l’occurrence l’Internet, l’Intranet et le minitel, les cédéroms…ce qui nous pousse  à parler de l’effondrement  de la planète Gutenberg. En conséquence, l’hyperstructure dans le journal vient pour faire face à cet état de fait, en tentant de structurer les textes du journal à la manière de la page HTML, c’est à dire que le lecteur consultera ses informations comme s’il était en train de consulter une page d’Internet.

Ces propos s’inspirent des implications relevées par Lugrin, des caractéristiques de l’écriture-lecture  sur le journal, par le biais de l’hyperstructure.

–    la première fait que le multimédia favorise une écriture et  une lecture non linéaires, ce qui explique le concept de la multiplication des entrées à l’information

–    la seconde fait que l’hyperstructure favorise l’éclatement et le regroupement, ce dernier répond à un souci d’encyclopédisme, et de la distribution de l’information comme une page Internet (éclatement)

–    la troisième est associée à la culture de l’image, d’où l’usage de plus en plus fréquent des infographies, des images et des images de presse comme l’illustration ou la caricature.

Enfin, tout cela fait que la presse algérienne – surtout la presse d’opinion- utilise de plus en plus, et régulièrement, ces techniques d’organisation des articles, dans un but – et non le moindre- d’accomplir des actes de communication envers le lecteur, assoiffé d’informations qui lui sont présentées sous un aspect qui peut plaire et convaincre.

Bibliographie

1.      Adam J.M, Lugrin G (2000) : : L’hyperstructure : un mode privilégié de présentation des évènements scientifiques ? les carnets du cediscor, n°6, presse de la Sorbonne nouvelle

2.      Charaudeau P (1997): Le discours d’information médiatique : construction d’un miroir social, Nathan, paris.

3.      de la haye Yves (1985): journalisme mode d’emploi : des  manières d’écrire la réalité, ELLUG, Grenoble

4.      Hermann T, Lugrin G (1999): Formes et fonctions des rubriques dans les quotidiens romands: Approche théorique et recherches quantitatives, Fribourg, Institut de journalisme et de  communications sociales, coll. Media paper.

5.      . Lugrin G (2000): Le mélange des genres dans l’hyperstructure, in Semen, n°13,      Université de Franche-Comté.

6.      ————– (2001) : les ensembles rédactionnels: Multitexte et hyperstructure, in médiatiques, Louvain la neuve, O R M, Belgique.

7.      Mouillaud.M, Tetu.J.F (1989): Le journal quotidien, Presses Universitaires de Lyon.

8.      mouriquand J (1997) : L’écriture journalistique, coll. Que sais-je ? Paris, P.U.F.

9.      Peytard J (1975) : Lectures d’une « aire scripturale » : la page du journal, in Langue Française, n°28, Paris, Larousse.

 


[1] Union générale des travailleurs algériens, principal syndicat des travailleurs algériens, il représente le seul syndicat reconnu par l’Etat algérien.

[2] Notons qu’à partir de janvier 2003, cette page occupe désormais la deuxième page, consacrée d’habitude aux principales informations nationales, citées en première page.

[3] – journalistes assassiné par des inconnus dans un restaurant à Alger, près de son journal. Il était célèbre par ses billets critiquant particulièrement la politique du pouvoir, l’islamisme politique ainsi que les groupes islamistes armés.

[4] – caricaturiste, ayant fait ses premiers pas dans un journal étatique, il a connu ses premiers succès, ainsi que ses premiers déboires avec le pouvoir algérien, au quotidien LE MATIN, il est célèbre par ses caricatures très virulentes envers le pouvoir algérien et les islamistes. Il a publié un album regroupant ses différentes caricatures qui a connu un très grand succès.

[5] – voir : J.M.Adam, G.Lugrin(2000) : : L’hyperstructure : un mode privilégié de présentation des évènements scientifiques ? les carnets du cediscor, n°6, presse de la Sorbonne nouvelle , p 134.

[6] – leader du mouvement citoyen, né  en Kabylie après les événements ayant ensanglantés celle ci pendant le printemps2001

[7] – un chroniqueur licencié par le ministère de la culture et de la communication, pour avoir émis des propos allant à l’encontre de la politique du pouvoir.

*- (Entreprise Nationale de la télévision), la seule et unique chaîne de télévision dans le paysage télévisuel, elle est d’ailleurs une chaîne publique.

 

Cet article est publié dans la revue  الممارسات اللغوية du laboratoire « pratiques langagières », Université de Tizi-ouzou, N°6, 2011.

Responses

  1. formidable ce travail.

  2. Bravo pour la réalisation de ce post

  3. Royal ce moment passez a vous lire, un enorme compliment et felicitation. Merci enormement pour cette bonne lecture.


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